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DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS AUX MEMBRES DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE LA SOCIÉTÉ DES MISSIONS AFRICAINES (SMA)

Chers frères et sœurs, Je donne mon bienvenu à vous, membres de la Société des Missions Africaines, à l’occasion de votre Assemblée Générale qui se tient à Rome. Cette rencontre me permet de rendre grâce au Seigneur pour le beau travail d’évangélisation que vous accomplissez en Afrique, notamment auprès des populations rurales les plus lointaines, là où la communauté chrétienne est encore fragile, ou même inexistante. Je me réjouis aussi de votre volonté de développer de nouvelles formes de présence auprès des populations d’origine africaine en d’autres parties du monde, avec une attention particulière aux migrants. Ces nouveaux horizons pastoraux sont le signe de la vitalité de l’Esprit Saint qui vous habite et qui vous pousse à répondre « aux défis toujours nouveaux de la mission évangélisatrice de l’Eglise […] afin de rejoindre toutes les périphéries qui ont besoin de la lumière de l’Evangile » (Exhort. ap. Evangelii Gaudium, n. 20). Je vous remercie pour le zèle missionnaire, empreint de courage, qui vous conduit à sortir pour offrir à tous la vie de Jésus-Christ, parfois au péril de vos propres vies, dans les pas de vos pères fondateurs, le Serviteur de Dieu Melchior de Marion Brésillac et le Père Augustin Planque. Je voudrais, à ce propos, m’associer à votre prière pour votre confrère, le Père Pierluigi Maccalli, enlevé il y a plusieurs mois au Niger, en vous assurant de la sollicitude et de l’attention du Saint-Siège concernant cette préoccupante situation.

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DIALOGUE DU PAPE FRANÇOIS AVEC LES PARTICIPANTES À LA XXIe ASSEMBLÉE PLÉNIÈRE DE L’UNION INTERNATIONALE DES SUPÉRIEURES GÉNÉRALES (UISG)

Troisième question: Tout d’abord un grand merci, Saint Père. Au cours de ces journées, nous avons abordé différents thèmes, dont le dialogue interreligieux: merci pour tout ce que vous faites dans ce domaine. Je pense aussi au dialogue œcuménique et je porte dans mon cœur la souffrance que j’ai touchée de mes mains et que j’ai constatée à maintes reprises à cause de la division qui existe entre les chrétiens. Je sais que vous avez déjà fait beaucoup dans ce domaine. Je demande: est-il possible de faire quelques pas de plus pour atteindre cette communion entre chrétiens? Merci. Le pape François: Merci à vous Je crois que l’œcuménisme est en route, toujours. Il est vrai que les théologiens doivent étudier, discuter … Mais il y a cette anecdote – qui est vraie, ils m’ont dit que c’était vrai – que lorsque Saint Paul VI a rencontré Athénagoras – je voudrais dire Saint Athénagoras – Athénagoras a dit à Paul VI: « Faisons une chose: allons ensemble, et les théologiens les enverront dans une île qui réfléchira et fera de la théologie, et nous continuerons ensemble ». Une blague, ils disent que c’est vrai. Mais si ce n’est pas vrai, c’est bien trouvé. [L’œcuménisme] est toujours en mouvement. Y a-t-il des pauvres? Allons travailler ensemble avec les pauvres. Y a-til des migrants? Ensemble. Toujours ensemble. C’est l’oecuménisme des pauvres, comme j’appelle ce qui se fait sur la route avec des œuvres de charité. Mais il y a un autre œcuménisme: celui du sang. Quand ils tuent des chrétiens parce qu’ils sont chrétiens, ils ne demandent pas: « Es-tu anglican? Êtes-vous luthérienne? Es-tu catholique? Êtes-vous orthodoxe?  » Ils tuent. Et le sang se mélange. Je me souviens d’une fois qu’un curé de Hambourg, le curé de Sankt Josef à Wannsee, près de Hambourg, était chargé de défendre la cause d’un prêtre guillotiné par les nazis pour avoir enseigné la catéchèse aux enfants. Mais après lui, un pasteur luthérien a été guillotiné pour la même raison. Et il alla chez l’évêque en disant: « Je ne peux pas continuer avec la cause de cela sans la cause des Luthériens, car leur sang est mélangé. » C’est l’œcuménisme du sang. Nous avons beaucoup, beaucoup de martyrs communs. Paul VI, quand il a canonisé les martyrs de l’Ouganda, était à peu près catéchiste à moitié catholique et à moitié anglican, et dans le discours de canonisation, il a mentionné le martyre des Anglicans. Paul VI avait déjà dit cela. Il y a l’œcuménisme du sang. Nous devons faire le plus possible ensemble. Par exemple, je viens de la bénédiction de l’exposition sur la traite [« Talitha kum », ouverte devant ce public dans la salle de la salle Paul VI): nous travaillons tous ensemble, catholiques, évangéliques, tous, car c’est un problème social que nous devons aider à résoudre. Et je pense que c’est important: l’œcuménisme est en marche, pas seulement avec une réflexion théologique. Cela nous aidera, car nous avons bien progressé, par exemple avec les luthériens, en matière de justification… de bons progrès. Mais nous ne pouvons rester immobiles jusqu’à ce que tous les points théologiques soient résolus. Les théologiens ont une grande fonction dans l’Église: ils étudient et nous aident; mais nous devons marcher pendant ce temps. Et puis l’œcuménisme de la prière. Ils sont trois. L’œcuménisme de la prière, l’œcuménisme du sang, l’œcuménisme des pauvres. Priez les uns pour les autres, même l’un avec l’autre. Ceci, en ce qui concerne l’œcuménisme. Dans le dialogue interreligieux, là aussi, rechercher des valeurs communes, rechercher les valeurs communes existantes, ce qui est une bonne chose. Par exemple, parmi les valeurs communes, le respect de la vie des nouveau-nés ou des enfants à naître musulmans est merveilleux.

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RENCONTRE DE PRIÈRE AVEC LES COMMUNAUTÉS ROM ET SINTI PAROLES DU PAPE FRANÇOIS

[…] Quelqu’un qui a dû vivre en marge, lorsqu’il était enfant, pour sauver sa vie, caché, réfugié: quelqu’un qui a souffert pour toi, qui a donné sa vie sur la croix […]

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RENCONTRE DU SAINT PÈRE FRANCIS AVEC LES PARTICIPANTS À LA CONFÉRENCE DU DIOCÈSE DE ROME

Le pape François: Le deuxième trait nécessaire – le premier est l’humilité: pour écouter, vous devez vous abaisser – le deuxième trait nécessaire pour entendre le cri est le désintérêt. Cela est exprimé dans le passage évangélique de la parabole du berger qui part à la recherche de la brebis perdue. Il n’a aucun intérêt personnel à défendre, ce bon berger: le seul souci est que personne ne se perde. Nous avons des intérêts personnels, qui sommes-nous ce soir? Tout le monde peut penser à nous: quel est mon intérêt personnel caché dans mon activité ecclésiale? Vanité? Je ne sais pas … tout le monde a les siens. Sommes-nous préoccupés par les structures de nos paroisses?, Par l’avenir de notre institut?, Par le consensus social?, Par ce que les gens diront si nous prenons soin des pauvres, des migrants, des Roms? Ou sommesnous attachés à ce petit pouvoir que nous exerçons toujours sur les gens de notre communauté ou de notre voisinage? Nous avons tous vu des paroisses qui ont fait des choix sérieux sous l’inspiration de l’Esprit et beaucoup de fidèles qui y sont allés se sont éloignés parce que « ah, ce curé est trop exigeant, même un peu communiste », et il va. Aujourd’hui, j’ai rencontré cinq cents Roms au Vatican et j’ai entendu des choses douloureuses. La xénophobie. Attention, car le phénomène culturel mondial, du moins européen, du populisme suscite la peur. Mais dans la ville, il y a aussi beaucoup de bien, parce qu’il y a des endroits positifs, des lieux fructueux: là où les citoyens se rencontrent et dialoguent de manière constructive et solidaire, nous créons ici «un tissu conjonctif où les gens et les groupes partagent différentes manières de rêver la vie, des imaginaires similaires et de nouveaux secteurs humains sont formés, des territoires culturels invisibles « (ibid.).

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PAPE FRANÇOIS AUDIENCE GÉNÉRALE

[…] La Macédoine du Nord est un pays indépendant depuis 1991. Le Saint-Siège a cherché à soutenir son chemin dès le début et à travers ma visite j’ai surtout voulu encourager sa capacité traditionnelle d’accueillir différentes appartenances ethniques et religieuses; ainsi que son engagement pour accueillir et secourir un grand nombre de migrants et de réfugiés pendant la période critique de 2015 et 2016. Il y a là un grand accueil, ils ont un grand cœur. Les migrants leur créent des problèmes, mais ils les accueillent et ils les aiment, et les problèmes se résolvent. C’est une grande qualité de ce peuple. Un applaudissement pour ce peuple. […]

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VOYAGE APOSTOLIQUE DU PAPE FRANÇOIS EN BULGARIE ET EN MACÉDOINE DU NORD [5-7 MAI 2019] PAROLES DU SAINT-PÈRE

Merci beaucoup pour votre accueil. Merci aux enfants, pour leur chant si beau. Ils apportent la joie sur votre chemin. Votre chemin n’est pas toujours beau… Et puis, il y a la souffrance de quitter votre patrie et de chercher à vous insérer dans une autre patrie… Il y a toujours l’espérance…Aujourd’hui le monde des migrants et des réfugiés est un peu une croix, une croix de l’humanité, et la croix, ce sont tant de personnes qui souffrent… Je vous remercie, pour votre bonne volonté et je vous souhaite le meilleur à vous et à vos concitoyens que vous avez laissés dans votre patrie. Que Dieu vous bénisse et priez pour moi.

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VOYAGE APOSTOLIQUE DU PAPE FRANÇOIS EN BULGARIE ET MACÉDOINE DU NORD [5-7 MAI 2019] RENCONTRE AVEC LA COMMUNAUTÉ CATHOLIQUE DISCOURS DU SAINT-PÈRE

[…] En ce sens, je voudrais partager avec vous une expérience faite il y a quelques heures. Ce matin, j’ai eu la joie de rencontrer, dans le camp de réfugiés de Vrazhedebna, des réfugiés provenant de divers pays du monde pour trouver un cadre de vie meilleur que celui qu’ils ont abandonné, et j’ai aussi rencontré des volontaires de la Caritas [applaudissements pour les volontaires de la Caritas, qui se lèvent, tous en maillot rouge]. Quand je suis rentré ici et que j’ai vu les volontaires de la Caritas, j’ai demandé qui ils étaient, car je pensais que c’étaient les pompiers ! Si rouges ! Là-bas [au Centre de Vrazhedebna], ils m’ont dit que le cœur du Centre – de ce Centre de réfugiés – naît de la conscience que toute personne est enfant de Dieu, indépendamment de l’ethnie ou de la confession religieuse. Pour aimer quelqu’un, il n’y a pas besoin de lui demander son curriculum vitae ; l’amour précède, il va de l’avant, il anticipe. Pourquoi ? Parce que l’amour est gratuit. Dans ce centre de la Caritas, il y a beaucoup de chrétiens qui ont appris à voir avec les yeux mêmes du Seigneur qui ne s’arrête pas sur les qualificatifs, mais qui cherche et attend chacun, avec des yeux de Père. Mais savez-vous une chose ? Nous devons faire attention. Nous avons cédé à la culture de l’adjectif : ‘‘cette personne est ceci, cette personne est cela, cette personne est ceci…’’ Or Dieu ne veut pas cela. C’est une personne, elle est une image de Dieu. Pas d’adjectifs ! Laissons Dieu mettre les adjectifs ; nous, mettons de l’amour en chaque personne. Il en va de même pour le commérage. Avec quelle facilité s’installe le commérage parmi nous ! ‘‘Ah celui-ci est ça, celui-là fait ceci…’’. Nous qualifions toujours les gens. Je ne parle pas de vous, parce que je sais qu’ici il n’y a pas de commérage, mais pensons aux endroits où il y a du commérage. C’est cela l’adjectif : qualifier les gens. Nous devons passer de la culture de l’adjectif à la réalité du substantif. Voir avec les yeux de la foi est une invitation à ne pas passer sa vie en collant des étiquettes, en cataloguant celui qui est digne d’amour et celui qui ne l’est pas, mais à chercher à créer des conditions pour que chaque personne puisse se sentir aimée, surtout celles qui se sentent oubliées par Dieu, parce qu’elles sont oubliées par leurs frères. Frères et sœurs, celui qui aime ne perd pas de temps à s’apitoyer sur lui-même, mais il voit toujours quelque chose de concret à pouvoir faire. Dans ce Centre, vous avez appris à voir les problèmes, à les reconnaître, à les affronter ; vous vous laissez interpeler et vous cherchez à discerner avec les yeux du Seigneur. Comme a dit le Pape Jean : « Je n’ai jamais connu un pessimiste qui ait réalisé quelque chose de bien ». Les pessimistes ne font jamais rien de bon. Les pessimistes gâchent tout. Quand je pense au pessimiste, me vient à l’esprit un beau gâteau : que fait le pessimiste ? Il verse du vinaigre sur le gâteau, il gâche tout. Les pessimistes gâchent tout. L’amour, au contraire, ouvre toujours les portes. Le Pape Jean avait raison : ‘‘Je n’ai jamais vu un pessimiste qui ait accompli quelque chose de bon’’. Le Seigneur est le premier à ne pas être pessimiste et, continuellement, il cherche à ouvrir pour nous tous des chemins de Résurrection. Le Seigneur est un optimiste incorrigible ! Il cherche toujours à penser du bien de nous, à nous faire progresser, à miser sur nous. Que c’est beau quand nos communautés sont des chantiers d’espérance ! L’optimiste est un homme ou une femme qui crée de l’espérance dans la communauté.

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VOYAGE APOSTOLIQUE DU PAPE FRANÇOIS EN BULGARIE ET MACÉDOINE DU NORD [5-7 MAI 2019] RENCONTRE AVEC LES AUTORITÉS, LA SOCIÉTÉ CIVILE ET LES MEMBRES DU CORPS DIPLOMATIQUE DISCOURS DU SAINT-PÈRE

Maintenant, dans cette situation historique, à trente ans de la fin du régime totalitaire qui entravait sa liberté et ses initiatives, la Bulgarie est confrontée aux conséquences de l’émigration, survenue au cours des dernières décennies, de plus de deux millions de ses citoyens à la recherche de nouvelles opportunités de travail. En même temps, la Bulgarie – comme tant d’autres pays du Vieux Continent – doit affronter ce qui peut être considéré comme un nouvel hiver : l’hiver démographique, qui s’est abattu comme un rideau de gel sur toute l’Europe, conséquence d’une diminution de la confiance face à l’avenir. La baisse de la natalité, associée donc à l’intense flux migratoire, a entraîné le dépeuplement et l’abandon de nombreux villages et villes. En outre, la Bulgarie se trouve confrontée au phénomène de ceux qui cherchent à traverser ses frontières, pour fuir des guerres et des conflits ou la misère, et tentent de rejoindre à tout prix les régions plus riches du continent européen, afin de trouver de nouvelles opportunités de vie ou simplement un refuge sûr. Monsieur le Président, je connais l’engagement des gouvernants de ce pays, depuis des années, pour créer les conditions, afin que les jeunes surtout ne soient pas contraints à émigrer. Je voudrais vous encourager à continuer dans cette voie, à accomplir tous les efforts pour créer des conditions favorables, afin que les jeunes puissent investir leurs fraîches énergies et programmer leur avenir personnel et familial, en trouvant dans leur patrie les conditions d’une vie digne. Et vous qui connaissez le drame de l’émigration, je me permets de vous suggérer de ne pas fermer les yeux, le cœur et la main – comme en témoigne votre tradition – à celui qui frappe à vos portes. Votre pays s’est toujours caractérisé comme un pont entre l’Est et l’Ouest, capable de favoriser la rencontre entre des cultures, des ethnies, des civilisations et des religions différentes, qui depuis des siècles ont coexisté ici en paix. Le développement, y compris économique et civil, de la Bulgarie passe nécessairement par la reconnaissance et la valorisation de cette caractéristique spécifique. Puisse cette terre, délimitée par le grand fleuve Danube et par les rives de la Mer noire, rendue fertile par l’humble travail de nombreuses générations et ouverte aux échanges culturels et commerciaux, intégrée dans l’Union Européenne et ayant de solides liens avec la Russie et la Turquie, offrir à ses enfants un avenir d’espérance. Que Dieu bénisse la Bulgarie, la garde pacifique et accueillante et la rende prospère et heureuse !

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MESSAGE URBI ET ORBI DU PAPE FRANÇOIS PÂQUES 2019

Le Christ vit et reste avec nous. Il montre la lumière de son visage de Ressuscité et n’abandonne pas ceux qui sont dans l’épreuve, dans la souffrance et dans le deuil. Que Lui, le Vivant, soit espérance pour le bien-aimé peuple syrien, victime d’un conflit qui perdure, et qui risque de nous trouver toujours davantage résignés et même indifférents. C’est plutôt le moment de renouveler l’engagement pour une solution politique qui réponde aux justes aspirations de liberté, de paix et de justice, qui affronte la crise humanitaire et favorise le retour en sécurité des personnes déplacées et de celles qui se sont réfugiées dans les pays limitrophes, surtout au Liban et en Jordanie. Pâques nous porte à tourner le regard vers le Moyen-Orient, déchiré par des divisions et des tensions continues. Que les chrétiens dans la région, avec une persévérance patiente, témoignent du Seigneur ressuscité et de la victoire de la vie sur la mort. J’ai une pensée particulière pour la population du Yémen, en particulier pour les enfants épuisés par la faim et la guerre. Que la lumière pascale éclaire tous les gouvernants et tous les peuples du Moyen-Orient, à commencer par les Israéliens et les Palestiniens, et les incite à soulager tant de souffrances et à poursuivre un avenir de paix et de stabilité. Que les armes cessent d’ensanglanter la Libye où, de nouveau, des personnes sans défense meurent ces dernières semaines et où de nombreuses familles sont contraintes à quitter leurs propres maisons. J’exhorte les parties concernées à choisir le dialogue plutôt que l’oppression, en évitant que s’ouvrent à nouveau les blessures d’une décennie de conflits et d’instabilité politique. Que le Christ Vivant donne sa paix à tout le bien-aimé continent africain, encore parsemé de tensions sociales, de conflits et parfois d’extrémismes violents qui provoquent l’insécurité, la destruction et la mort, surtout au Burkina Faso, au Mali, au Niger, au Nigéria et au Cameroun. Ma pensée va également au Soudan, qui traverse un moment d’incertitude politique et où je souhaite que toutes les instances puissent s’exprimer et que chacun s’efforce de permettre au pays de trouver la liberté, le développement et le bien-être auxquels il aspire depuis longtemps. Que le Seigneur ressuscité accompagne les efforts accomplis par les Autorités civiles et religieuses du Sud Soudan, soutenues par les fruits de la retraite spirituelle vécue il y a quelques jours ici au Vatican. Puisse s’ouvrir une nouvelle page de l’histoire du pays, dans laquelle toutes les composantes politiques, sociales et religieuses s’engagent activement pour le bien-être commun et la réconciliation de la Nation. Lors de cette fête de Pâques que trouve du réconfort la population des régions orientales de l’Ukraine, qui continue de souffrir du conflit encore en cours. Que le Seigneur encourage les initiatives humanitaires et celles visant à atteindre une paix durable. Que la joie de la Résurrection remplisse les cœurs de ceux qui, sur le continent américain, subissent les conséquences de situations politiques et économiques difficiles. Je pense en particulier au peuple vénézuélien : à beaucoup de personnes privées des conditions minimales pour mener une vie digne et sûre, à cause d’une crise qui perdure et s’approfondit. Que le Seigneur donne à ceux qui ont des responsabilités politiques d’œuvrer pour mettre fin aux injustices sociales, aux abus ainsi qu’aux violences et de faire des pas concrets permettant de guérir les divisions et d’offrir à la population les aides dont elle a besoin. Que le Seigneur ressuscité éclaire les efforts qui se font au Nicaragua en vue de trouver au plus tôt une solution pacifique et négociée au bénéfice de tous les nicaraguayens. Face aux nombreuses souffrance de notre temps, que le Seigneur de la vie ne nous trouve pas froids et indifférents. Qu’il fasse de nous des constructeurs de ponts et non pas de murs. Lui, qui nous donne sa paix, qu’il fasse cesser le bruit des armes, aussi bien dans les situations de guerre que dans nos villes, et qu’il inspire les gouvernants des Nations afin qu’ils s’engagent à mettre fin à la course aux armements et à la diffusion préoccupante des armes, surtout dans les pays économiquement plus développés. Que le Ressuscité, qui a ouvert grand les portes du sépulcre, ouvre nos cœurs aux besoins des personnes défavorisées et sans défense, des pauvres, des sans emploi, des personnes marginalisées, de ceux qui frappent à notre porte à la recherche de pain, d’un refuge et de la reconnaissance de leur dignité. Chers frères et sœurs, le Christ vit ! Il est espérance et jeunesse pour chacun d’entre nous et pour le monde entier. Laissons-nous renouveler par lui ! Bonne Pâques !

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VENDREDI SAINT PASSION DU SEIGNEUR CHEMIN DE CROIX PRÉSIDÉ PAR LE PAPE FRANÇOIS

Station II Jésus prend la croix « Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive »(Lc 9, 23) Réflexion : Seigneur Jésus, il est facile de porter le crucifix au cou ou de l’accrocher comme ornement sur les murs de nos belles cathédrales ou de nos maisons, mais il n’est pas aussi facile de rencontrer et de reconnaître les nouveaux crucifiés d’aujourd’hui : les sans domicile fixe, les jeunes sans espérance, sans travail et sans perspective, les immigrants contraints à vivre dans les baraques aux confins de nos sociétés, après avoir affronté des souffrances inouïes. Malheureusement ces campements, sans sécurité, sont brûlés et rasés, ainsi que les rêves et les espérances de milliers de femmes et d’hommes marginalisés, exploités, oubliés. Combien d’enfants subissent la discrimination à cause de leur provenance, de la couleur de leur peau ou de leur classe sociale ! Combien de mamans endurent l’humiliation de voir leurs enfants ridiculisés et exclus des opportunités de ceux qui ont le même âge et leurs compagnons d’école. Prière : Nous te rendons grâce, Seigneur, parce que tu nous donné l’exemple par ta vie de la façon dont se manifeste l’amour vrai et désintéressé pour le prochain, particulièrement pour les ennemis ou simplement pour celui qui n’est pas comme nous. Seigneur Jésus, combien de fois, nous aussi, comme tes disciples, nous nous sommes déclarés ouvertement tes adeptes durant le temps où tu faisais des guérisons et des prodiges, quand tu nourrissais la foule et pardonnais les péchés. Mais cela n’a pas été aussi facile de te comprendre quand tu parlais de service et de pardon, de renoncement et de souffrance. Aide-nous à savoir mettre toujours notre vie au service des autres. Station V Le Cyrénéen aide Jésus à porter la croix « Portez les fardeaux les uns des autres : ainsi vous accomplirez la loi du Christ » (Ga 6, 2) Réflexion : Seigneur Jésus, sur le chemin du Calvaire, tu as ressenti le poids et la fatigue de porter cette rugueuse croix de bois. En vain, tu as espéré le geste d’aide de la part d’un ami, de l’un de tes disciples, de l’une des nombreuses personnes dont tu as soulagé les souffrances. Malheureusement, seulement un inconnu, Simon de Cyrène, par obligation, t’a donné un coup de main. Où sont-ils aujourd’hui les nouveaux cyrénéens du troisième millénaire ? Où les trouvons-nous ? Je voudrais rappeler l’expérience d’un groupe de religieuses de différentes nationalités, provenances et appartenances avec lesquelles, depuis plus de dix-sept années, chaque samedi, nous visitons à Rome un centre pour femmes immigrées dépourvues de papiers, des femmes, souvent jeunes, dans l’attente de connaître leur destin, un équilibre instable entre expulsion et possibilité de rester. Que de souffrances nous rencontrons, mais aussi que de joies chez ces femmes se trouvant devant des religieuses provenant de leurs pays, qui parlent leurs langues, qui essuient leurs larmes, qui partagent des moments de prière et de fête, qui rendent moins durs les longs mois vécus entre barres de fer et asphaltes en béton ! Prière : Pour tous les cyrénéens de notre histoire. Afin que ne diminue jamais en eux le désir de t’accueillir sous l’apparence des derniers de la terre, conscients qu’en accueillant les derniers de notre société, nous t’accueillons. Que ces samaritains soit porte-paroles des sans-voix. Station VII Jésus tombe pour la deuxième fois « Insulté, il ne rendait pas l’insulte, dans la souffrance, il ne menaçait pas, mais il s’abandonnait à Celui qui juge avec justice » (1P 2, 23) Réflexion : Combien de vengeances dans notre temps ! La société actuelle a perdu la grande valeur du pardon, don par excellence, soin pour les blessures, fondement de la paix et de la coexistence humaine. Dans une société où le pardon est vécu comme une faiblesse, Toi, Seigneur, tu nous demandes de ne pas nous arrêter à l’apparence. Et tu ne le fais pas avec les paroles, mais plutôt par l’exemple. A celui qui te harcèle, tu réponds : « Pourquoi me persécutes-tu ? », sachant bien que la justice vraie ne peut jamais se baser sur la haine et sur la vengeance. Rends-nous capables de demander et de donner le pardon. Prière : « Père, pardonne-leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34). Seigneur, Toi aussi, tu as ressenti le poids de la condamnation, du refus, de l’abandon, de la souffrance infligée par des personnes qui t’avaient rencontré, accueilli et suivi. Dans la certitude que le Père ne t’avait pas abandonné, tu as trouvé la force d’accepter sa volonté en pardonnant, en aimant et en offrant espérance à celui qui, comme Toi aujourd’hui, marche sur la même route de l’insulte, du mépris, de la dérision, de l’abandon, de la trahison et de la solitude. IXe Station Jésus tombe la troisième fois « Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche » (Is 53, 7). Réflexion : Seigneur, pour la troisième fois tu es tombé, épuisé et humilié, sous le poids de ta croix. Exactement comme beaucoup de jeunes filles, contraintes sur les routes par des groupes de trafiquants d’esclaves, qui ne résistent pas à la fatigue et à l’humiliation de voir leur propre corps jeune manipulé, abusé, détruit, avec leurs rêves. Ces jeunes femmes se sentent comme fragmentées : d’une part recherchées et utilisées, d’autre part repoussées et condamnées par une société qui refuse de voir ce type d’exploitation, causé par l’affirmation de la culture du jetable. Au cours de l’une des nombreuses nuits passées dans les rues de Rome, je cherchais une jeune récemment arrivée en Italie. Ne la voyant pas dans son groupe, je l’appelais avec insistance par son nom : ‘‘Mercy’’. Dans l’obscurité, je l’ai aperçue accroupie et endormie au bord de la route. À mon appel, elle s’est réveillée et m’a dit qu’elle n’en pouvait plus. ‘‘Je suis épuisée’’, répétait-elle… J’ai pensé à sa mère : si elle savait ce qui est arrivé à sa fille, elle pleurerait toutes ses larmes. Prière : Seigneur, que de fois nous as-tu adressé cette question gênante : ‘‘Où est ton frère ? Où est ta sœur ? ». Que de fois, nous as-tu rappelé que leur cri poignant était parvenu jusqu’à Toi ? Aide-nous à partager la souffrance et l’humiliation de tant de personnes traitées comme un rebut. C’est trop facile de condamner des êtres humains et des situations embarrassantes qui humilient notre fausse pudeur, mais il n’est pas si facile d’assumer nos responsabilités en tant qu’individus, gouvernements et aussi en tant que communautés chrétiennes. Xe Station Jésus est dépouillé de ses vêtements « Revêtez-vous de tendresse et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience » (Col 3, 12). Réflexion : Argent, bien-être, pouvoir. Ce sont les idoles de tous temps, également et surtout du nôtre, qui se vante d’énormes progrès dans la reconnaissance des droits de la personne. Tout peut s’acquérir, y compris le corps des mineurs, privés de leur dignité et de leur avenir. Nous avons oublié la centralité de l’être humain, sa dignité, sa beauté, sa force. Tandis que dans le monde s’élèvent des murs et des barrières, nous voulons rappeler et remercier ceux qui, dans divers rôles, ces derniers mois, ont risqué leur propre vie, surtout en Mer Méditerranée, pour sauver celle de nombreuses familles à la recherche de sécurité et d’opportunités : des êtres humains fuyant la pauvreté, les dictatures, la corruption, l’esclavage. Prière : Aide-nous, Seigneur, à redécouvrir la beauté et la richesse que chaque personne et chaque peuple possèdent comme un don unique et irremplaçable provenant de Toi, à mettre au service de la société tout entière et non pour poursuivre des intérêts personnels. Nous te prions, Jésus, afin que ton exemple et ton enseignement de miséricorde et de pardon, d’humilité et de patience nous rendent un peu plus humains et, donc, plus chrétiens. XIe Station Jésus est cloué sur la croix « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34). Réflexion : Notre société proclame l’égalité en droits et en dignité de tous les êtres humains. Mais elle pratique et tolère l’inégalité. Elle en accepte même les formes les plus extrêmes. Des hommes, des femmes et des enfants sont achetés et vendus comme des esclaves par de nouveaux marchands d’êtres humains. Les victimes de la traite sont ensuite exploitées par d’autres individus, et finalement, jetées, comme des marchandises sans valeur. Que de personnes s’enrichissent en dévorant la chair et le sang des pauvres ! Prière : Seigneur, que de personnes sont aujourd’hui encore clouées sur une croix, victimes d’une exploitation inhumaine, privées de dignité, de liberté, d’avenir. Leur appel au secours nous interpelle comme hommes et femmes, comme gouvernements, comme société et comme Église. Comment est-il possible que nous continuions à te crucifier, en nous rendant complices de la traite d’êtres humains ? Donne-nous des yeux pour voir et un cœur pour sentir les souffrances de tant de personnes qui aujourd’hui encore sont clouées sur la croix par nos styles de vie et de consommation. XIIe Station Jésus meurt sur la croix « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mc 15, 34). Réflexion : Même toi, Seigneur, tu as senti sur la croix, le poids de la moquerie, de la dérision, des insultes, des violences, de l’abandon, de l’indifférence. Seule Marie, ta mère, et quelques autres femmes sont restées là, témoins de ta souffrance et de ta mort. Leur exemple nous inspire à nous engager à ne pas laisser seuls ceux qui sont en agonie aujourd’hui sur trop de calvaires répandus dans le monde, parmi lesquels figurent les camps d’hébergement semblables à des camps de concentration dans les pays de transit, les navires auxquels est refusé un port sûr, les longues négociations bureaucratiques concernant la destination finale, les centres de permanence, les points d’accès, les camps des travailleurs saisonniers. Prière : Seigneur, nous te prions : aide-nous à nous faire les prochains des nouveaux crucifiés et désespérés de notre temps. Apprends-nous à essuyer leurs larmes, à les réconforter comme ont su le faire Marie et les autres femmes au pied de ta croix. XIIIe Station Jésus est descendu de la croix « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jn 12, 24). Réflexion : Qui se rappelle, en cette époque de nouvelles rapidement consumées, ces vingt-six nigérianes, englouties par les vagues, dont les funérailles ont été célébrées à Salerne. Leur calvaire a été dur et long. D’abord la traversée dans le désert du Sahara, entassées dans des bus de fortune. Ensuite, le séjour forcé dans les horribles centres d’hébergement en Libye. Enfin le saut en mer, où elles ont trouvé la mort aux portes de la ‘‘terre promise’’. Deux d’entre elles portaient dans leur sein le don d’une nouvelle vie, des enfants qui ne verront jamais le jour. Mais leur mort, comme celle de Jésus descendu de la croix n’a pas été vaine. Nous confions toutes ces vies à la miséricorde de notre Père et Père de tous, mais surtout Père des pauvres, des désespérés et des humiliés. Prière : Seigneur, en ce moment, nous entendons retentir encore une fois le cri que le Pape François a lancé à Lampedusa, destination de son premier voyage apostolique : « Qui a pleuré » ? Et maintenant, après d’innombrables naufrages, nous continuons de crier : « Qui a pleuré ? ». Qui a pleuré ?, nous demandons-nous face à ces vingtsix cercueils alignés et sur lesquels reposait une rose blanche ? Seules cinq parmi elles ont été identifiées. Avec ou sans nom, toutes, cependant sont nos filles et nos sœurs. Elles méritent toutes respect et mémoire. Elles nous demandent toutes de nous sentir responsables : institutions, autorités et nous aussi, dans notre silence et notre indifférence. XIVe Station Jésus est mis au tombeau « Tout est accompli » (Jn 19, 30). Réflexion : Le désert et les mers sont devenus les nouveaux cimetières d’aujourd’hui. Face à ces morts, il n’y a pas de réponses. Il y a cependant des responsabilités. Des frères qui laissent d’autres frères mourir. Des hommes, des femmes, des enfants que nous n’avons pas pu ou voulu sauver. Tandis que les gouvernements discutent, enfermés dans les palais du pouvoir, le Sahara se remplit de cadavres de personnes qui n’ont pas résisté à la fatigue, à la faim, à la soif. Que de souffrance coûtent les nouveaux exodes ! Que de cruauté s’abat sur celui qui fuit : les voyages du désespoir, les extorsions et les tortures, la mer transformée en tombe d’eau. Prière : Seigneur, fais-nous comprendre que nous sommes tous enfants du même Père. Puisse la mort de ton Fils Jésus faire prendre conscience aux Chefs des nations et aux responsables des législations de leur rôle dans la défense de chaque personne créée à ton image et à ta ressemblance. Conclusion Nous voudrions nous rappeler l’histoire de la petite Favour, âgée de 9 mois, partie du Nigéria avec ses jeunes parents à la recherche d’un avenir meilleur en Europe. Durant le long et dangereux voyage en Méditerranée, sa maman et son papa sont décédés ainsi qu’une centaine de personnes qui avaient mis leur confiance en des trafiquants sans scrupules pour pouvoir parvenir à la “terre promise”. Seule Favour a survécu ; comme Moïse, elle a été, elle aussi, sauvée des eaux. Que sa vie devienne une lumière d’espérance sur le chemin vers une humanité plus fraternelle ! Prière : Au terme de ta Via Crucis, nous te prions, Seigneur, de nous apprendre à veiller, avec ta mère et les femmes qui t’ont accompagné au Calvaire, dans l’attente de ta résurrection. Qu’elle soit une lumière d’espérance, de joie, de vie nouvelle, de fraternité, d’accueil et de communion entre les peuples, les religions et les lois, afin que tous les fils et les filles de l’homme soient vraiment reconnus dans leur dignité de fils et filles de Dieu et ne soient plus jamais traités comme des esclaves. Amen!